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ANNALES DES PONTS ET CHAUSSÉES.

MÉMOIRES ET DOCUMENTS

RELATIFS

A L'ART DES CONSTRUCTIONS

ET AU SERVICE DE L'INGÉNIEUR;

LOIS DÉCRETS, ARRÉTÉS ET AUTRES ACTES

CONCERNANT

L'ADMINISTRATION DES PONTS ET CHAUSSÉES.

3" SÉRIE.

1858

1er SEMESTRE.

 

PARIS.

VICTOR DALMONT, ÉDITEUR,

Précédemment Carllian-Gœury et Vor Dalmont,

LIBRAIRE: DES CORPS IMPÉRIAUX DES PONTS ET CHAUSSÉES ET DES MINES,

Quai des Augustins, no 49.

(Pages 90-109)

No 190

NOTICE NÉCROLOGIQUE

Sur M. DARCY, inspecteur général des ponts et chaussées.

Par M. CHARIÉ-MARSAINES, inspecteur général

des ponts et chaussées.

Le conseil général des ponts et chaussées vient de perdre un de ses membres les plus jeunes et les plus distingués, dans la personne de M. Darcy. La commission des Annales ayant pensé qu'il était bon que le souvenir d'une vie consacrée tout entière au bien public et à l'avancement de la science fût conservé dans les pages de ce recueil, nous avons accepté d'autant plus volontiers la tâche de la retracer que, contemporain de Darcy, assis pendant cinq ans avec lui sur les bancs de l'École polytechnique et sur ceux de l'École des ponts et chaussées, nous avions pu apprécier, dès l'origine de sa carrière, tout ce que son esprit, avait de distinction, tout ce que son caractère avait de pur et d'élevé.

Henri-Philibert-Gaspard Darcy naquit à Dijon le 10 juin 1803. Privé, à l'âge de quatorze ans, de son père qui était receveur de l'enregistrement, et s'était acquis dans ses, fonctions l'estime de ses chefs et celle de ses concitoyens, il fut élevé par sa mère, femme d'un rare mérite, et qui,, restée, veuve avec, deux fils en bas âge, chargée seule du soin de leur éducation, a eu la satisfaction de voir arriver chacun d'eux aux premiers rangs de la carrière qu'il avait,embrassée (*). Après avoir terminé ses études au collège de Dijon, il fut admis en 1821 à l'École polytechnique et 1823 à celle des ponts et chaussées. Il se fit remarquer dans l'une et dans l'autre par sa facilité de conception, son assiduité au travail et son excellente conduite.

(*) Hugues Darcy, frère puîné de Henri, a été successivement préfet des départements de Tarn-et-Garonne, de l'Aube, du Gîard, de la Moselle, du Rhône. et sous-secrétaire d'état de l'intérieur sous le ministère de M. Ferdinand Barrot.

A sa sortie de l'École des ponts et chaussées, en 1826, il fut envoyé comme ingénieur dans le département du Jura, à la résidence de Lons-le-Saulnier; mais il n'y fit qu'un séjour très-passager, et, dès les premiers mois de l'année suivante, il fut (sur la demande expresse du préfet et de la deputation de la Côte -d'Or) appelé à la résidence de Dijon ou sa famille, dont il était devenu le chef depuis la mort de son père, était l'objet de l'intérêt général, où lui-même avait déjà conquis sa place dans l'estime publique par ses bons antécédents et par la carrière honorable qu'il avait su s'ouvrir.

Placé, dans le département de la Côte-d'Or, sous les es d'un chef instruit, actif et sévère (**), les premières les qu'il passa dans son pays natal furent employées à compléter son instruction pratique et à étudier dans tous ses détails l'arrondissement qui lui était confié. Du reste, son séjour au milieu des siens devint bientôt pour lui l'occasion d'un mariage honorable et avantageux, et, dès la fin de l'année 1828, il s'unissait à une jeune Anglaise, Mlle Henriette Carey, dont la famille habitait Dijon.

(**) M. Arnollet, mort, il y a deux ans, ingénieur en chef en retraite, et qui avait fait partie de l'expédition d'Egypte.

Les principaux travaux qu'il, eut à exécuter, comme ingénieur d'arrondissement, furent de nombreuses routes, des ouvrages de navigation et plusieurs ponts, dont deux grands sur la Saône, à Seurre et à Saint-Jean-de-Losne.

Dès les premiers temps de son séjour dans la Côte-d'Or, l'attention de Darcy avait été appelée sur un sujet d'un grand intérêt pour sa ville natale, savoir: les moyens d'approvisionner Dijon d'eau potable en quantité suffisante pour faire face à tous les besoins publics et particuliers. Depuis plus de trois siècles, la question était à l'étude, et l'état d'insalubrité résultant du manque d'eau n'avait cessé de tenir en éveil la sollicitude des magistrats municipaux. De nombreux projets avaient été successivement proposés mais, soit insuffisance de fonds pour les exécuter, soit découragement de leurs auteurs, soit surtout vices dans leur conception, tous avaient été abandonnés. Vainement uni respectable ecclésiastique (M. l'abbé Audra) avait légué à la ville de Dijon une somme de cent mille francs dans le but d'amener la solution de cette question.

Telle était la situation des choses, lorsque, sans autre mission que son patriotisme, sans autre encouragement que la conscience de son énergie et son désir de rendre un éminent service à ses concitoyens, Darcy se mit à l'œuvre. Après de persévérantes investigations et de pénibles travaux d'essai, il fixa son choix sur une belle et remarquable fontaine (la source du Rozoir) qu'avait déjà signalée, vers le milieu du seizième siècle, un habile architecte Dijonnais, Hugues Sambin, élève et ami de Michel-Ange. Cette source se trouve, à la vérité, à 12 kilomètres de Dijon, mais les eaux en sont saines et abondantes, et sa situation élevée se prêtait parfaitement à une distribution dans tous les quartiers de la ville.

Les conclusions du mémoire dans lequel il justifiait les dispositions de son projet et en expliquait les procédés de réalisation ayant été adoptées par le conseil municipal, dans sa séance du 5 mars 1854, ce projet fut soumis au conseil des ponts et chaussées et au conseil d'état, et approuvé par ces deux assemblées.

Déclarés d'utilité publique par une ordonnance royale du 31 décembre 1857, les travaux furent adjugés en juillet 1838 et commencés le 21 mars suivant. Malgré les difficultés et les résistances de toute nature que rencontra leur exécution à raison des nombreuses propriétés que traversait l'aqueduc projeté, un délai de moins de dix-huit mois suffit pour leur achèvement, et le 6 septembre 1840 une masse de 7 à 8ooo litres d'eau par minute, arrivant au réservoir établi près la porte Guillaume, s'y précipitait aux acclamations d'une population non moins charmée que surprise, qui, après avoir été tant de fois déçue dans son attente, avait cessé de croire à la possibilité du succès.

La source du Rozoir étant ainsi amenée à la porte de la ville, il fallait encore pourvoir à la distribution dans les divers quartiers. Cette distribution a été opérée de la maniere la plus satisfaisante au moyen de deux réservoirs présentant ensemble une capacité de 67 905 hectolitres, de 6 kilomètres d'aqueducs en maçonnerie, de plus de 12 kilomètres de conduites en fonte, de 120 bornes-fontaines, d'un magnifique jet d'eau et de plusieurs autres appareils.

Après l'exécution de ces vastes travaux non moins remarquables par l'économie dans les dépenses que par la concordance parfaite des résultats obtenus avec les prévisions du projet, le conseil municipal de Dijon, heureux d'un Succès aussi complet, voulut remettre à Darcy les honoraires qui lui étaient dus, et qui, d'après la proportion habituellement suivie, se seraient élevés à plus de 5oooo fr.; mais notre collègue possédait à un haut degré une vertu devenue (il faut le dire) assez rare de nos jours, le désintéressement. Largement récompensé, disait-il, par la pensée d'avoir été utile à ses concitoyens, il refusa, non-seulement les honoraires qui lui étaient dus, mais encore le remboursement des dépenses que lui avaient occasionnées plusieurs voyages de Paris, ainsi que les études et la surveillance des travaux. Tout ce qu'il fut possible de lui faire accepter, ce fut une médaille commémorative frappée en son honneur par les ordres du conseil municipal: encore ne voulut-il la recevoir que lorsque les membres de ce conseil, délégués pour la lui offrir, lui eurent appris que deux exemplaires de la même médaille allaient être présentés à sa mère et à son frère (*). La délibération par laquelle l'offre de cette médaille avait été résolue portait, en outre, qu, par une exception unique et qui ne pourrait se reproduire en aucune circonstance la ville fournirait gratuitement à M. Darcy, pendant sa vie, dans le domicile qu'il occuperait la quantité d'eau des fontaines publiques nécessaire à tous les besoins de sa famille et de sa maison.

Une autre récompensé, à laquelle il ne fut pas moins sensible, , fut la décoration de la Légion d'honneur qui avait été demandée pour lui par le préfet de la Côte-d'0r et par le ministre de l'intérieur à l'occasion de l'achèvement des fontaines de Dijon, et qui lui fut accordée le 21 août 1842. Il était déjà ingénieur en chef depuis le mois de mai 1840.

Une autre occasion de servir son pays natal s'offrit bientôt au patriotisme de Darcy, La grande question de l'établissement des chemins de fer préoccupait en ce moment toute la France. Non-seulement l'administration publique chargée de pourvoir à ces grands intérêts faisait étudier par ses ingénieurs les lignes destinées à joindre la capitale aux villes les plus importantes et aux points principaux de nos frontières de terre et de mer ; mais encore les localités elles-mêmes se groupaient par faisceaux d'intérêts similaires pour faire faire l'étude et obtenir l'exécution des lignes qui pouvaient le mieux les desservir. Parmi les che mins de fer dont la direction était le plus débattue, se trouvait au premier rang celui de Paris à Lyon pour lequel deux: tracés principaux étaient proposés, l'un par la vallée de la Seine, l'autre par celle de l'Yonne. Le premier était celui qu'aurait désiré la ville de Dijon par laquelle il devait nécessairement passer; mais le second avait prévalu, et, fans les deux seules directions suivant lesquelles il eût été étudié, celle par la vallée du Serain et celle par le mont Afrique, Dijon était également laissé de côté, ou du moins desservi par un simple embranchement. Ému dans son patriotisme local, Darcy se mit à l'étude, explora avec soin les vallées de l'Oze et de la Brenne, et proposa le tracé qui, reliant la vallée de l'Yonne à celle de l'Ouche par le tunnel de Blaizy, vient aboutir à Dijon. Nonobstant les objections soulevées contre cette direction, à raison des travaux nombreux et difficiles dont elle nécessitait l'exécution et des dépenses considérables qu'elle devait, par suite, entraîner, elle finit néanmoins par être adoptée, et l'on peut dire que Darcy y eut la plus grande part, soit comme rédacteur du projet, soit par les démarches multipliées qu'il fit pour en Soutenir la discussion, non-seulement devant le conseil général des ponts et chaussées, mais encore devant la commission de la chambre des pairs et de la chambre des députés. Que ce tracé fût réellement préférable à tous les autres au point de vue des intérêts généraux du pays, c'est une question qui a été fortement controversée dans le temps et qui pourrait peut-être, si cela présentait quelque intérêt, l'être encore aujourd'hui. Mais au point de vue du département de la Côte-d'Or et surtout de son chef-lieu, la question n'avait pas deux faces et elle se trouvait résolue dans le sens que désirait ardemment la ville de Dijon, qui allait voir passer sous ses murs la grande voie ferrée de Paris à Lyon. Aussi ce succès longtemps et vivement disputé augmenta-t-il notablement la popularité de Darcy parmi ses concitoyens, et il n'est pas douteux que si, cette époque, il eût voulu se laisser porter à la députation, il l'eût facilement obtenue. Il obtint, du reste, une autre satisfaction à laquelle il attachait plus de prix, celle d'être chargé de l'exécution des travaux qu'il avait projetés; malheureusement il ne la conserva pas longtemps. Chargé, le 1er janvier 1845, de la construction de la partie du chemin de fer comprise dans le département de la Côte-d'Or, et ayant déjà fait commencer les premiers travaux du souterrain de Blaizy, il dut, dès le 1er juillet 1846, résigner ses nouvelles fonctions entre les mains de l'ingénieur de la compagnie à laquelle le gouvernement venait de concéder la ligne de Paris à Lyon.

(*) Indépendamment de ces trois exemplaires, cette médaille (modifiée en ce qui concerne l'inscription commémorative de l'événement) a été tirée à 602 autres exemplaires, dont deux en argent ont été déposés au musée de tableaux et à la bibliothèque de la ville, et les autres, tous en bronze, ont été distribués aux principales autorités et aux membres des grandes assemblées délibérantes de la ville et du département.

En refusant la position de député alors très-enviée, en écartant de lui la tentation, si grande pour quelques-uns, de devenir homme politique, Darcy semblait avoir assuré à, jamais sa position au milieu des siens, position conquise par des services si réels et si éclatants, et rien ne paraissait. pouvoir l'arracher désormais à la résidence de Dijon que sa propre volonté. Mais la révolution de 1848 arriva, et, malgré la modération incontestée de ses opinions, malgré son dévouement invariable au bien public et à toutes les sages libertés, Darcy fut (à raison des liaisons qui s'étaient. établies entre lui et les hommes les plus haut placés dans la localité) considéré comme un ennemi dangereux pour le nouvel ordre de choses et son éloignement exigé par les agents du régime qui venait de s'établir (***). Ce ne fut pas sans hésitation qu'il se résigna à quitter la ville à laquelle il avait, depuis plus de vingt ans, consacré ses principaux labeurs et, l'on peut dire, voué son existence; mais, pressé par les sollicitations de ses amis, il renonça enfin à donner sa démission: des fonctions d'ingénieur en chef et se rendit à Bourges, pour y prendre possession du nouveau service qui lui avait été assigné, celui du canal de Berry. Du reste, il n'y demeura pas longtemps; car, dès le 16 juin 1848, l'administration lui accordait une éclatante réparation en même temps qu'elle utilisait ses talents en le plaçant, avec le titre d'ingénieur en chef-directeur, à la tête du service des eaux et du pavé de Paris. Malgré la répugnance avec laquelle il avait accepté la direction du canal de Berry, malgré la brièveté du temps pendant lequel il l'avait conservée, Darcy avait su néanmoins y laisser des traces de son passage, en présentant, pour l'amélioration de la Sologne, des vues qui n'ont point été perdues dans les projets conçus et exécutés depuis lors pour l'assainissement et la mise en culture de ce vaste territoire.

(***) Nous devons dire pourtant que cette décision ne passa point sans protestation locale, et qu'une réclamation signée par un certain nombre d'anciens élèves de l'École polytechnique résidant à,, Dijon fut adressée, le au mars 1848, au membre du gouvernement provisoire alors chargé du ministère des travaux publics, pour obtenir la réintégration de Darcy dans ses fonctions.

Le nouveau service confié à Darcy, lourd et difficile à toute époque, l'était davantage encore à celle où il en prit possession, à raison des circonstances politiques, si graves alors;dans toute la France, mais surtout à Paris. Il sut néanmoins faire face à toutes ses difficultés, suffire à toutes ses exigences. Il sut, en outre, profiter des facilités que lui donnait ce service pour compléter les études qu'il avait commencées à Dijon sur le mouvement de l'eau dans les tuyaux de conduite. C'est alors qu'il fit, dans le grand établissement de Chaillot, ces. belles expériences qui ont si tort étendu et si profondément modifié les connaissances que l'on possédait auparavant sur cette partie de l'hydraulique, expériences sur lesquelles nous reviendrons dans le cours de cette notice. D'un autre côté, l'administration, ayant senti le besoin d'avoir des renseignements précis sur les avantages que pouvait présenter l'application aux voies publiques, dans l'intérieur des villes, du macadamisage, qui jusqu'alors avait été, en France, employé à peu près exclusivement sur les routes en rase campagne, elle crut ne pouvoir placer cette mission en meilleures mains que celles de l'ingénieur en. chef-directeur du, pavé de. Paris; Darcy fut donc envoyé à Londres, le, 23 avril 1850 pour aller y recueillir des documents sur les chaussée pavées et macadainisées de cette ville. Les résultats de ce voyage ont été consignés par lui dans un, mémoire adressé à M. le ministre des travaux, publics, et qui a été; inséré intégralement dans les Annales des ponts et chaussées (second semestre de 1850). C'est, on- peut le dire, un traité complet sur la matière, et l'auteur lui-même en a fait un éloge qui ne sera démenti par personne en disant, à la fin de son travail, qu'il a décrit si minutieusement les faits, exposé avec tant de détails les documents qu'il a pu recueillir, quel a donne les moyens de le combattre avec ses propres armes et de rectifier ses déductions.

Tant et de si utiles services, ne pouvaient manquer d'attirer sur Darcy les faveurs de l'administration; aussi fut-il nommé, successivement officier; de la Légion, d'honneur le 2 mai 1849 et inspecteur divisionnaire le 30 avril 1850. Chargé successivement, en; cette qualité, des 16e, 11e et 14e arrondissements d'inspection, il se montra de, suite à la hauteur de ses nouvelles fonctions, se faisant remarquer: au sein du conseil, par sa facilité d'élocution, par la fécondité d'idées et la netteté parfaite qu'il apportait dans la discussion; dans le cours de ses tournées, par sa promptitude à. saisir tous les détails du service par sa bienveillance, envers les ingénieurs et l'élévation des vues qu'il cherchait à leur inspirer.

Malheureusement ses forces physiques ne répondaient pas au développement de ses facultés intellectuelles, à activité dévorante de son imagination. Dès la fin de l'année 1842, il avait senti les premières atteintes: du mal qui devait plus tard lui être si funeste: à cette époque, il éprouvait déjà des étourdissements presque continuels et une sorte d'affection nerveuse qui ne lui permettaient plus de se livrer avec suite à ses travaux habituels, et, dans les premiers mois de 1845, il était obligé, par le conseil des médecins, de demander un congé que, du reste, il n'utilisait que très-imparfaitement pour son repos, puisqu'il venait le passer à Paris où il s'occupait activement des études du chemin de fer de Paris à Dijon. Quoi qu'il en soit, sa santé s'était à peu près rétablie; mais, dès les premiers temps de sa nomination comme inspecteur divisionnaire, son ancienne affection reparut avec une nouvelle intensité, et bientôt sa santé profondément altérée ne lui permit plus, non-seulement de faire ses voyages réglementaires dans les départements composant le ressort de sa division, mais encore d'assister régulièrement aux séances du conseil. Il dut, pendant quelques années, se résigner à profiter de l'obligeance de ses collègues dont plusieurs s'étaient offerts à faire, indépendamment de leurs propres tournées, celles qu'il ne pouvait plus faire lui-même; mais un pareil état de choses pesait trop à sa délicatesse pour qu'il le laissât se prolonger, et consentît plus longtemps à imposer à ses collègues la fatigue d'une double tournée. Voyant donc qu'un congé de quatre mois qui lui avait été accordé dans le courant de mai 1855 n'avait pas suffi pour amener son rétablissement et que sa santé toujours vacillante né lui permettait pas de se livrer à une occupation régulière, il se décida, dans le mois de novembre de la même année, à demander sa mise en disponibilité mais avec faculté de continuer les expériences sur le mouvement de l'eau dans les canaux à ciel ouvert, dont il avait, été chargé par l'administration sur la demande de l'Institut et dont il n'avait cessé de s'occuper dans tous les moments de relâche que lui avait laissés sa maladie. Il est presque superflu de dire que sa demande lui fut accordée: il ne le sera peut-être pas d'ajouter que la décision ministérielle qui l'accordait était conçue dans les termes les plus obligeants et les plus flatteurs.

Quelques années auparavant, il avait reçu d'un gouvernement étranger une marque de confiance des plus honorables. L'administration municipale de Bruxelles, voulant doter cette ville d'une grande distribution d'eau et jugeant utile de consulter sur le projet qui lui était présenté un ingénieur dont le nom fît autorité dans ces matières, ne crut pouvoir mieux faire que de s'adresser à Darcy, qui fut autorisé, par M. le ministre des travaux publics, à se, rendre à Bruxelles pour en faire l'examen. Cette mission, toute désintéressée de sa,part, lui valut la décoration de l'ordre de Léopold.

C'est ici le lieu de parler des travaux scientifiques de Darcy, travaux d'autant plus remarquables et plus méritoires qu'ils ont été presque tous accomplis depuis le dérangement survenu dans sa santé, et au milieu des souffrances contre lesquelles il avait à lutter continuellement.

Le premier en date sont ses Recherches expérimentales relatives au mouvement de l'eau dans les tuyaux. L'idée de ces recherches lui fut suggérée par l'exécution des travaux relatifs à la fourniture d'eau de Dijon. Il avait remarqué de grands désaccords entre les formules qui ont pour objet de calculer les vitesses moyennes de l'eau dans les tuyaux de conduite et les résultats de la pratique, et cherchait à déterminer les causes de ces, différences, lorsque sa nomination aux fonctions de directeur du service municipal de Paris vint lui offrir les plus grandes facilités pour étudier, dans tous leurs détails, les questions qu'il s'était posées, et faire des expériences sur une très-grande échelle. Ces expériences se, prolongèrent même au delà de l'époque à laquelle il cessa d'être chargé du, service municipal; mais il trouva dans l'obligeance de son successeur, M. Dupuit, les moyens de les continuer et de les compléter. Gomme les résultats de oses; recherches contredisaient, sous certains rapports , les idées reçues, il crut nécessaire, avant de les publier, de les soumettre, au jugement de l'Académie des sciences : le mémoire qui les renfermait fut renvoyé à l'examen d'une commission composée de MM. les généraux Poncet et Morin, et de M. Combes, inspecteur général des mines, et, le 26 juin 1854, cette commission signalant les soins, la persévérance et le talent dont l'auteur avait fait preuve, appelait, sur le mémoire de Darcy, l'approbation de l'Académie et celle-ci, lui donnant la plus haute consécration dont elle puisse disposer, en ordonnait l'insertion dans le Recueil des savants étrangers. Ce qui distingue surtout ce travail, c'est le nombre, l'étendue et la variété des expériences qui en font la base. Ainsi les formules établies par l'illustre de Prony pour le calcul du mouvement de l'eau dans les tuyaux de conduite, les plus parfaites, on peut même dire les seules que possédassent jusqu'alors les ingénieurs, ne reposaient que sur cinquante et une expériences faites avec des tuyaux presque tous en fer-blanc, et dont aucun n'avait un diamètre supérieur à 2 pouces. Darcy sentit le besoin d'expériences plus nombreuses, s'appliquant à des cas plus différents et comprenant une échelle plus étendue ; les siennes, dont le nombre s'élève à 198, ont été faites avec des conduites de diamètres très-variés, depuis les plus petites que l'on emploie jusqu'à celles de 0m.50, avec dès tuyaux très-différents entre eux, tant pour la matière que pour le poli de leur surface, fer étiré et aplomb, fer bitumé neuf et verre neuf sans dépôts, fonte, tantôt neuve, tantôt altérée par des dépôts et ensuite nettoyée. Ces expériences ont démontré que, contrairement à l'opinion admise jusqu'à présent, la substance dont les tuyaux sont formés et le poli plus ou moins grand de leur surface intérieure exercent une influence sensible sur la vitesse de l'écoulement des liquides: par exemple, qu'un tuyau de fonte recouvert, à l'intérieur, d'un dépôt terreux oppose à l'écoulement de l'eau une résistance à peu près double de celle qu'elle éprouve dans un tuyau de fonte neuve. Elles ont démontré pareillement que les formules de Prony n'accordent pas une influence assez grande au dia mètre des tuyaux sur la vitesse d'écoulement, et que les résultats dé l'expérience, inférieurs à ceux des formules pour les petits diamètres, leur sont supérieurs pour les grands. Ce mémoire contient, en outre, les recherches faites par Darcy sur la loi de la variation de la vitesse des filets fluides dans les tuyaux de conduite, depuis l'axe où elle est un maximum jusqu'à là paroi ou elle est un mini muni, étude plus intéressante peut-être au point de vue théorique qu' à celui des applications, mais dans laquelle l'auteur à su jeter une grande lumière sur les mouvements beaucoup plus compliqués qu'on ne le croyait, qui accom-pagnent les diverses circonstances de l'écoulement des liquidés. Nous croyons, du reste, superflu d'entrer dans de plus grands détails sur ce mémoire qui n'a été imprimé qu'en 1857 et sera bientôt dans les mains de tous les ingénieurs.

Lé second ouvrage de Darcy dans l'ordre d'achèveinent, mais le premier dans l'ordre de publication, et celui qui a eu le plus grand retentissement est le livre qu'il a intitulé : Les Fontaines publiques de la ville de Dijon, mais qui peut être à juste titré considéré comme un véritable traité dès distributions d'eau. En effet, il comprend, non-seulement la descriptiori des travaux exécutés pour l'approvisionnement d'eau de Dijon, ainsi que des développements fort étendus sur les antécédents de cette question, mais encore un exposé complet des principes qui doivent guider les ingénieurs pour la solution des questions de même nature. Ainsi, en rendant compote de ses recherches sur le cas particulier dont il avait à s'occuper, l'auteur expose et discute les différents moyens auxquels on peut recourir pour procurer à une ville les eaux dont elle a besoin et qui sont: l'élévation, au moyen de machines, de l'eau prise dans une rivières; le percement d'un puits artésien, enfin la recherche d'une source suffisamment abondante et le détournement de ses eaux. A propos de ce dernier moyen, il traite la question de origine des fontaines, et présente des aperçus très-intéressants sur là formation même des sources, sur les avantages qu'on trouve à en abaisser le niveau, c'est-à-dire à les chercher dans le sein de la terre à une hauteur moindre que leur point d'émergence, sur les moyens de créer des sources artificielles en réunissant les eaux des couches aquiferes. Il indique les méthodes d'investigation anciennes et nouvelles employées pour découvrir les sources, et donne, entre autres, des détails fort curieux sur les procédés suivis par l'abbé Paramelle, qui s'est créé une véritable réputation comme hydroscope. Il discute pareillement avec beaucoup de détails les questions relatives aux puits artésiens, et notamment celle des caractères auxquels on peut reconnaître que le volume débité par un puits de ce genre doit être con-sidéré comme une fraction insensible ou notable du volume qui afflue à la base du forage ; il cherche la loi suivie par l'accroissement de débit d'un puits lorsqu'on abaisse son niveau de déversement, ainsi que l'influence qu'on peut exercer sur son débit en en augmentant le diamètre, et présenté, à Ce sujet, quelques observations relativement au diamètre inusité du forage qui s'exécute en ce moment dans le bois de Boulogne.

Un des chapitres les plus intéressants de l'ouvrage est celui dans lequel Darcy rend compte des recherches auxquelles il s'est livré relativement au filtrage des eaux. Quoique ces recherches ne fussent pas commandées par la distribution de Dijon, puisque les eaux dont il s'est servi, celles de la source du Rozoir, sont parfaitement pures et arrivent aux réservoirs dans un état de limpidité complet, les doutes exprimés par beaucoup d'hommes distingués, et notamment par la plupart des ingénieurs anglais, sur l'utilité de la charge dans les filtres, l'amenèrent à demander a l'expérience quelle était la loi de l'écoulement de l'eau à travers une Couche sablonneuse, et, cette loi, il l'a déduite d'une longue série de recherches exécutées dans les plus larges limites. La conclusion à laquelle il est arrivé, c'est que le volume d'eau qui traverse le filtre est (l'épaisseur de la couche de sable restant la même) en raison directe de la charge, et non point de la racine quarrée de cette charge comme on l'avait supposé jusqu'alors, ce qui change beau-coup les conditions du filtrage en grand, et rend possible l'épuration de quantités d'eau qui, dans les conditions an-ciennes, eussent exigé une énorme étendue pour la surface filtrante. Il donne, à cette occasion, la description d'un appareil nouveau de filtrage qui n'exigerait qu'un espace d'un are et demi pour une filtration quotidienne de 15.000 mètres cubes d'eau, c'est-à-dire de la quantité né-cessaire à l'alimentation d'une ville de 100.000 âmes, à raison de 150 litres par tête.

Nous dépasserions les bornes qui nous sont imposées dans cet article, si nous voulions indiquer, même sommai-rement, toutes les recherches curieuses, tous les résultats nouveaux que contient l'ouvrage dont il s'agit, qui est accompagné, d'ailleurs, d'un très-bel atlas où se trouvent décrits avec beaucoup de soin les travaux exécutés à Dijon, ainsi que les appareils dont l'auteur s'est servi pour ses expériences. Nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à l'ouvrage lui-même dont la lecture est des plus attachantes et qui sera un guide très-précieux pour tous les ingénieurs qui ont à s'occuper des questions de cette nature.

Le dernier travail auquel se soit livré Darcy, travail que la mort ne lui a pas permis de terminer, sont ses recherches expérimentales sur le mouvement des eaux courantes dans les canaux à ciel ouvert. Entreprises sur la demande expresse de l'Académie des sciences, et avec l'assentiment de M. le ministre des travaux publics, qui avait mis à la disposition de Darcy les crédits nécessaires pour en couvrir les frais, ces expériences ont été faites sur une très-grande échelle au moyen d'une dérivation de 600 mètres de longueur éta-blie latéralement au canal de Bourgogne. Darcy fut secondé, pour leur exécution, par M. Baumgarten, ingénieur en chef, mort depuis en Turquie, et par M. Charles Ritter, ingénieur ordinaire à Dijon, qui fut ensuite remplacé par M. Bazin. Ces expériences, commencées en 1855 et qui ont été continuées pendant les campagnes de 1856 et de 1857, ont donné des résultats très-remarquables en ce qui concerne l'influence exercée par la nature des parois sur les coefficients de résistance, influence dont on ne tenait pas compte dans les formules usitées jusqu'à présent: ainsi, pour une même pente et une même section, cette valeur varie dans une proportion qui va presque de 2 à 5, suivant que le fluide coule sur une surface en ciment bien lisse ou tapissée de gros graviers de 0m.05 à 0m.06 de diamètre à demi-noyés dans un enduit en ciment. Ces coefficients varient aussi avec le volume d'eau débité par seconde. Ils varient pareillement avec la forme de la section transversale. Ainsi les expériences ont porté sur des sections rectangulaires, trapézoïdales, triangulaires et demi-circulaires, et elles ont montré que le coefficient de résistance était beaucoup moindre pour ces dernières que pour les autres. Un résultat très-remarquable a même été obtenu: c'est qu'en opérant sur une rigole demi-circulaire dont la paroi était en ciment pur et par conséquent fort lisse, le coefficient de résistance a été trouvé égal au tiers seulement de celui donné par les formules de Prony. Une telle divergence fera apprécier tout à la fois, et l'étendue des erreurs auxquelles les ingénieurs étaient exposés par l'usage de ces formules, et la haute utilité des recherches entreprises par Darcy. Il a fait aussi quelques expériences fort curieuses sur la forme des remous, expériences à l'aide desquelles il espérait arriver à une explication satisfaisante du mascaret mais qui n'ont pu être entièrement terminées.

Pour compléter le travail de Darcy, il lui restait encore à faire expériences relatives à l'influence que la pente paraît exercer sur le coefficient de la résistance. Malheureusement cette partie de ses recherches n'a pu être qu'ébauchée. Du reste, elles vont être complétées par son intelligent collaborateur, M. Bazin, que l'administration à chargé de les continuer, et leurs résultats, ainsi que: ceux recueillis par Darcy lui-même, seront coordonnés et publiés de manière à ce qu'ils ne soient pas perdus pour la science.

Dans le cours des expériences précédentes, Darcy n'avait point omis de mesurer (ainsi qu'il l'avait déjà fait dans ses recherches Sur le mouvement de l'eau dans les tuyaux) les différentes vitesses des filets fluides en un grand nombre de points de la section transversale du courant. Ces mesures, il les avait prises au moyen de son tube jaugeur, instrument dont nous avons omis de parler jusqu'à présent, et qui n'est, à proprement parler, que le tube de Pitot, mais modifié et complété de manière à en tirer des indications beaucoup plus exactes et à permettre de s'en servir pour mesurer la vitesse des courants, non-seulement à leur superficie, mais encore à des profondeurs assez grandes pour que l'instrument soit tout entier sous l'eau. Les perfectionnements apportés par Darcy à cet instrument sont certainement assez notables pour qu'il eût pu prendre un brevet et s'assurer les bénéfices de sa fabrication exclusive pendant un certain nombre d'années; mais, fidèle à ses habitudes de désintéressement, il crut devoir abandonner son invention au public, et l'administration a déjà fait fabriquer un certain nombre de ces instruments qui ont été, les uns placés au dépôt central des instruments de précision établi à l'École des ponts et chaussées, les autres envoyés aux ingénieurs de l'État pour être employés dans les services dont les opérations exigent des mesurages exacts de la vitesse des eaux.

C'est au milieu de ces importantes et difficiles recherches que la mort est venue surprendre Darcy. Il y travaillait,on peut le dire, avec une anxiété fiévreuse; car il avait un secret pressentiment de sa fin prochaine et s'affligeait souvent, devant les siens , de n'avoir pas la possession assurée de l'année qui lui eût été nécessaire, tant pour achever ses expériences, que pour en rédiger et publier les résultats. Néanmoins, dans les derniers mois de l'année 1857, sa santé paraissait s'être notablement améliorée, et lui-même commençait à entrevoir l'époque à laquelle il pourrait demander à l'administration sa remise en activité, époque qu'il subordonnait d'ailleurs à l'achèvement complet de ses travaux théoriques, lorsque, vers la fin du mois de décembre, il fut pris d'une maladie de poitrine dont on reconnut de suite toute la gravité. Malgré les soins éclairés et assidus dont il était entouré, le mal fit en peu de jours des progrès immenses, et le 2 janvier 1858 il était enlevé à l'affection de sa famille et de ses amis.

Quoique Darcy fût depuis plusieurs années en dehors du service actif et qu'il eût cessé complètement de paraître au conseil, sa perte n'en a pas moins été très-vivement sentie par ses collègues dont la pensée n'avait cessé de le suivre dans la solitude où son état de santé l'avait contraint de se reléguer, et qui, connaissant le noble emploi qu'il faisait des loisirs forcés que lui avait créés sa maladie, voyaient toujours en lui une des lumières du corps des ponts et chaussées. Aussi ses obsèques réunirent-elles la presque totalité des ingénieurs présents à Paris et, en outre, un grand nombre d'hommes distingués ayant appartenu à différentes branches de l'administration et que leurs relations avec Darcy avaient mis à même de l'apprécier. Mais c'est surtout à Dijon où son corps fut transporté pour y être inhumé, que la douleur publique se montra de la manière la plus éclatante et la plus significative. C'est là, en effet, qu'il était surtout connu et apprécié, là qu'on l'avait vu, pendant plus de vingt ans, consacrer au bien public tous les instants de sa vie qui n'étaient point absorbés par ses fonctions d'ingénieur: administrateur zélé des hôpitaux, l'un des créateurs de la caisse d'épargne, l'un dès fondateurs de la société Dijonnaise; de secours mutuels, prenant une part active à toutes les sociétés de bienfaisance, il n'avait négligé aucune occasion de prévenir l'indigence ou de travailler à son soulagement. Membre de l'académie de Dijon et de la société des antiquités de la Côte-d'Ôr, membre du conseil municipal de Dijon, on l'avait toujours vu au premier rang de ceux qui cherchaient à illustrer, à embellir, à enrichir sa ville natale. Aussi le concours à ses funérailles fut-il immense, et deux discours prononcés sur sa tombe, dont un par M. le maire de Dijon, témoignèrent des regrets de la ville tout entière pour un de ses enfants les plus distingués, pour un de ses plus utiles citoyens. Ce n'était pas assez, du reste, pour la douleur publique, et, par une délibération en date du 8 janvier, le conseil municipal, s'associant à la mesure prise par l'autorité municipale pour donner le nom de placé Darcy à celle qui portait auparavant le nom de place du Château d'eau, vota la dépense des plaques destinées à consacrer cette nouvelle dénomination, concéda gratuitement à la famille de Darcy le terrain nécessaire à son inhumation, et émit le voeu qu'un hommage spécial fût rendu, aux frais de la ville, à la mémoire du citoyen signalé à la reconnaissance publique par de si éminents services, Il y a tout lieu d'espérer que ce voeu recevra très-prochainement, son accomplissement.

Une autre distinction paraissait attendre, Darcy, si son existence se fût prolongée, distinction qui eût été pour lui une satisfaction des plus vives: sa nomination comme membre de l'institut. Au moment de sa mort, une place était vacante dans la section de mécanique par le décès de M. Cauchy qui, comme lui, avait appartenu au corps des, ponts et chaussées, et l'accueil fait à ses travaux par l'àcadémie, les dispositions, favorables que lui témoignaient les membres de la section, avaient fait concevoir pour lui des espérances qui étaient déjà un grand honneur et qu'ont encore justifiées les regrets excités au sein de ce corps éminent par sa fin prématurée.

Pour faire connaître Darcy tout entier, il nous resterait à parler de ses qualités privées, à montrer ce qu'il fut comme fils, comme époux, comme frère, comme ami; mais ici nous devons reconnaître notre complète insuffisance et renoncer à peindre ce coeur si loyal et si chaud, si dévoué à tous les siens, si ouvert à tous les sentiments généreux, convaincu que nous sommes que nos couleurs pâliraient toujours auprès des souvenirs de ceux qui ont vécu dans son intimité. Tout ce qu'il nous paraît possible et utile de conserver, ce que nous nous sommes surtout efforcé de retracer dans cette esquisse, ce sont les traits d'une vie signalée tout entière par l'amour de la science, le dévouement au bien public et le plus noble désintéressement; c'est par la que Darcy peut être proposé comme modèle et qu'il vivra dans les souvenirs du corps des ponts et chaussées.

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